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L’intelligence économique au défi de la guerre globale : la leçon magistrale du Professeur Nicolas MOINET

21 Jan 2026 | Le Master

Temps de lecture : 6 minutes

Jeudi 8 janvier 2026, l’Université de Lorraine a accueilli sur le campus Lettres et Sciences Humaines de Nancy une conférence consacrée aux enjeux contemporains de l’intelligence économique. Invité par les étudiants du Master Veille Stratégique et Organisation des Connaissances (VSOC) de Nancy, Nicolas Moinet, praticien-chercheur en intelligence économique et professeur des universités en sciences de l’information et de la communication à l’IAE de Poitiers, est intervenu sur le thème « De la compétition à l’affrontement ». Devant les étudiants du Master VSOC, accompagnés de leur responsable pédagogique Audrey Knauf, ainsi que d’autres participants venus élargir leur compréhension du sujet, Nicolas Moinet a développé, pendant plus de deux heures, une réflexion structurée autour de la lutte d’influence, de la sécurité de l’information et de l’intelligence économique. S’appuyant sur ses travaux de recherche, ses ouvrages et des contenus pédagogiques variés, il a montré en quoi les États, les entreprises et les individus évoluent désormais dans un contexte de guerre globale permanente, où l’économie, l’information et la technologie sont devenues des champs d’affrontement à part entière.

L’enjeu de l’intelligence économique en France et dans le monde

L’un des messages forts du Professeur Moinet concerne notre lecture des relations internationales. Selon lui, il est urgent de sortir du vieux schéma qui sépare strictement le temps de paix du temps de guerre. Nous évoluons désormais dans un contexte de guerre globale permanente où l’économie, la technologie et l’information s’entremêlent sans cesse. Dans cet environnement, la France doit redécouvrir l’art de la ruse stratégique. Souvent perçue chez nous comme une pratique déloyale ou sournoise, la ruse est pourtant un outil indispensable pour manœuvrer face à des puissances qui n’hésitent plus à utiliser la force ou l’influence pour s’imposer.

Pour mieux saisir ces dynamiques, Nicolas Moinet présente le paradigme initié par l’ex-chef d’état-major des armées, le général Thierry Burkhard. Celui-ci est structuré autour des états qui s’influencent mutuellement : l’affrontement, la contestation et la compétition. L’état d’affrontement définit d’abord la logique directe entre amis et ennemis, une bataille qui s’est déplacée du contrôle du pétrole au XXᵉ siècle vers la course technologique et la maîtrise du monde immatériel aujourd’hui (internet, IA et surtout la guerre des semi-conducteurs). La contestation se joue quant à elle sur le terrain de la déstabilisation, où l’objectif est de disloquer l’adversaire sans forcément le détruire. L’expert a illustré ce point en évoquant les attaques informationnelles menées par des groupes comme Wagner pour nuire à l’image de la France. Enfin, la compétition concerne la domination cognitive, c’est-à-dire la capacité à influencer les esprits et à modéliser le futur, à l’image des campagnes de communication qui parviennent à transformer radicalement la perception publique de certaines énergies.

En conclusion de cet échange nourri par ses recherches et des exemples concrets, Nicolas Moinet a encouragé les futurs professionnels de l’intelligence économique à cultiver une véritable curiosité pour les échiquiers invisibles. Pour ne pas subir les événements, il faut savoir anticiper et surtout comprendre la vision du monde de l’autre, même si elle nous est étrangère. Il invite chacun à sortir de l’auto-illusion et à explorer les zones d’ombre pour élargir sa vision stratégique. Ce moment de partage a permis aux étudiants de prendre la mesure des responsabilités qui les attendent dans un monde où l’information est plus que jamais le nerf de la guerre.

Interview avec Nicolas MOINET

Nous avons eu l’occasion d’interroger M. Moinet pour en savoir plus sur sa vision de la guerre économique.

Selon vous, par où doit-on commencer en France pour acquérir une culture de l’intelligence économique ? 

« La culture de l’intelligence économique doit se diffuser dans l’ensemble de la société, comme au Royaume-Uni, où elle n’a plus besoin d’être invoquée tant elle y est intégrée. Pour cela, il faut faire appel à une logique d’offre : envoyer des experts sur le terrain, formés à l’intelligence économique. En 1996, les premières formations en IE ont été créées[1], bien qu’il n’y ait pas à l’époque une demande suffisante. Et c’est l’offre qui a créé la demande. »

Que doit-on exploiter pour être leader dans le contexte de la guerre économique ? 

« Il faut intégrer la nouvelle logique du pouvoir : des normes, des systèmes de communication, des stratégies ouvertes et des dominations masquées et déguisées. Autrement dit, savoir manœuvrer sur les différents échiquiers invisibles. Si on ne fait pas cela, on ne peut pas devenir leader. »

Auriez-vous quelques ouvrages à recommander ?

Afin d’approfondir les thématiques abordées lors de cette conférence, Nicolas Moinet a partagé plusieurs références majeures qui permettent de mieux saisir les rouages de la guerre de l’information et de l’intelligence économique. Parmi elles, l’ouvrage de Raphaël Chauvancy, Vaincre sans violence, propose une analyse pointue sur les stratégies d’influence et la manipulation des perceptions dans les conflits modernes. Les publications de Nicolas Moinet offrent une base idéale pour se familiariser avec ces enjeux. Enfin, les ouvrages du CR451 dirigés par Christian Harbulot sont également des ressources précieuses pour comprendre comment l’intelligence économique s’inscrit concrètement dans le développement et la sécurité des territoires.

Ce que nous retiendrons de cette conférence

Nicolas Moinet a su captiver son auditoire par sa manière passionnée d’expliquer les enjeux qui s’imposent aux acteurs de la guerre informationnelle. Même si le chemin de la France pour s’acculturer à l’intelligence économique reste encore long, Monsieur Moinet diffuse un message d’espoir en rappelant que “les seules batailles perdues sont celles que l’on ne mène pas.”

Retrouvez la conférence sur ULTV.